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LA JOCONDE - 1503/06 - Léonard de Vinci

 

De la pilosité de Mona Lisa
Par Louis Doucet

Quand Dalí puis Duchamp affublèrent Mona Lisa de moustaches, ils compensaient, probablement sans le savoir, une sérieuse lacune qui confère à ce tableau une partie de son mystère. Si l’on observe bien le visage de Lisa Maria Gherardini, épouse de Francesco di Bartolomeo di Zanobi del Giocondo, on constate que la dame n’a ni cils ni sourcils. Si l’on en croit les historiens des mœurs du début du XVIe siècle italien, seule une prostituée pouvait présenter un tel visage glabre. Pourtant, le modèle affiche toutes les caractéristiques de la respectabilité de l’époque. Elle est même couverte d’un fin voile de gaze transparente qui était le propre des femmes enceintes ou qui venaient d’accoucher. Le sourire mystérieux est donc, en fait, celui de la maternité… Andrea del Giocondo, son deuxième fils, est né en 1502… Vinci a commencé à peindre le portrait de la mère en 1503.

Dès le moyen-âge, les filles de petite vertu s’épilaient le haut du front, les cils et les sourcils pour rendre leur regard plus insidieux, plus aguichant. Elles utilisaient, pour empêcher la repousse des poils, du sulfure naturel d’arsenic mêlé à de la chaux-vive, du sang de chauve-souris ou de grenouille, de la cendre trempée dans du vinaigre... Cette mode avait été importée par les croisés qui découvrirent, dans les harems du Moyen-Orient, des femmes entièrement épilées. Celles-ci ne pouvaient pas être de bonnes musulmanes, car un hadith condamne la Namisa (la femme qui épile les poils du visage d’autres femmes) comme proxénète et la Mutanammisa (la femme qui épile ses propres poils du visage) comme prostituée. Curieusement, cet interdit ne vise pas le rasage des poils pubiens ni la taille de la moustache, car un autre hadith prescrit : « cinq actes font partie de la saine nature : la circoncision, se raser les poils du pubis, tailler la moustache, épiler les aisselles et se couper les ongles. »

En 1550, dans son analyse du tableau, Vasari écrivait « On voyait la manière dont naissent les sourcils dans la chair, qui tantôt plus épais, tantôt plus clairs, tournoient selon les pores qu’indique la nature. » Mona Lisa avait donc des sourcils à cette époque. Ce témoignage est conforté par le dessin au fusain de la collection Hyde, à Glens Fall, qui serait une étude préalable pour le portrait de Mona Lisa, datant de 1503, et qui fait apparaître des sourcils.

Si l’on en croit Daniel Arasse, les sourcils et les cils de Mona Lisa auraient été effacés vers le milieu du XVIe siècle, par un inconnu, parce que, à cette époque, les femmes de la bonne société avaient alors adopté la pratique des prostituées des décennies précédentes et s’épilaient désormais le visage. Rien que de très normal… L’histoire des mœurs nous montre que les pratiques réservées aux prostituées deviennent assez vite respectables. Il n’y a pas si longtemps, porter des bas ou des collants noirs était réservé aux putains. Aujourd’hui, toutes les femmes, filles et fillettes en portent… On pourrait multiplier les exemples de ce type… Quelque part vers le milieu du XVIe siècle, une main qui ne pouvait plus être celle de Vinci a donc « modernisé » ou « actualisé » le portrait de Mona Lisa en effaçant sourcils et cils. L’analyse spectrographique a confirmé scientifiquement cette hypothèse posée par un historien. Le geste de ce peintre anonyme autorisait et justifiait d’avance tous les détournements ultérieurs de cette icône de la peinture pour la réactualiser à la mode du temps.

L’effacement des sourcils et des cils entre en écho avec la main gauche du modèle, dont les doigts recourbés et pointés vers le bas évoquent un pubis et un sexe féminins glabres, à la mode des harems moyen-orientaux. Quand Andrea Salai, dans sa Monna Vanna, en 1515, dénudera Mona Lisa, le modèle a encore des sourcils, mais ses mains, disproportionnées, telles des jambes nues croisées dissimulant un sexe épilé, deviennent plus obscènes que le buste dénudé. Le symbole sexuel n’a donc pas échappé aux contemporains de Vinci.

Duchamp, dans son geste iconoclaste de 1919, n’a donc rien fait d’autre que de rétablir une vérité historique en restituant une pilosité injustement supprimée. Et le nouveau titre donné à l’œuvre –L.H.O.O.Q. – est à la fois une injonction au voyeurisme – LOOK – et un constat de la petite vertu de la dame : elle a chaud au cul.

 

 

 

   

 

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> Louis DOUCET